19440101 Tragi-comédie à Coupy

Pendant l’occupation il existait à Coupy un établissement assez prospère, que la morale réprouve et dont Marthe RICHARD obtiendra la fermeture, à l’enseigne de «Chez Betty».

On sait que tous les soldats du monde affectionnent ce genre d’endroit. Au cours de l’hiver 43-44, plusieurs maquisards bellegardiens, des anciens, sont en permission chez eux. Ce sont CHEVALLIER, ORSET et DURAND. Avant de remonter dans leur montagne, ils décident d’aller Chez Betty. La nature a parfois des exigences qu’on ne saurait toujours surmonter. A chacun sa faiblesse. Encore que dans ce cas il s’agirait plutôt d’un excès de vigueur. D’ailleurs, honni soit qui mal y pense et que celui qui n’a jamais pêché leur jette la première pierre. Mais c’était une imprudence et ce qui pouvait arriver arriva : nos lascars se trouvent nez à nez avec un soldat allemand lui aussi en état de frustration. La maxime en usage actuellement chez nos jeunes pacifistes et qui dit « faites l’amour pas la guerre » n’était pas en usage à cette époque. C’est à qui dégaine le premier et à ce jeu l’Allemand est perdant, il est abattu par DURAND.

Circonstance atténuante pour son manque de réflexe : comment pouvait-il supposer qu’il aurait à combattre en un tel lieu ? Mme BETTY est bien embêtée et pour le soldat allemand, c’est pire, il est tout à fait mort !

Fuite des maquisards, branle-bas général. L’officier commandant la place est informé. Aussitôt le maire de Coupy, M. REY, est convoqué à la kommandantur pour entendre les pires menaces : on va fusiller des otages, lui en tête, on va raser le pays, etc.…

Mais, sous des dehors de brave homme tranquille, ce maire cache un étonnant sang-froid et une grande finesse alliés à une verve inépuisable. Il entreprend de discuter. Que va penser la population saine et tranquille de Coupy en apprenant qu’un soldat du Reich fréquentait ce lieu de perdition ? La réputation de sérieux de la Wehrmacht va en prendre un coup. Quant aux autres, les résistants, les terroristes, on imagine les gorges chaudes qu’ils vont en faire. Toute la contrée rira de ce qu’un soldat allemand se soit fait tuer au mont de Vénus sur le front français plutôt qu’en Ukraine sur le front russe. Et puis enfin, imaginons que ce satané poste émetteur, qu’on n’a encore jamais pu prendre, transmette cette histoire à Londres. On devine tout de suite ce que les journalistes français de Radio-Londres, parmi lesquels Pierre DAC, pourront en faire… Et voilà un officier allemand bien embarrassé, et qui ne tient pas du tout à finir sa carrière sur le front russe à cause de Mme BETTY. Alors on va enterrer toute cette histoire en même temps que le soldat.

Mais tout de même l’affaire avait été chaude… si je puis dire.

Extrait de Résistance Cristal 4 (Jean Marinet et Robert Molinatti) Juin 2014

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